Alors que tous les ministres européens sont réunis aujourd’hui à Chambord, Guillaume Peltier, chef de l’opposition en Centre-Val de Loire, plaide, pour notre agriculture régionale comme nationale , en faveur d’un patriotisme économique et gastronomique dans une tribune publiée sur le site du Figaro. 

En France, chaque année, 82 000 hectares de terres agricoles disparaissent sous les coups de l’urbanisation galopante, soit l’équivalent d’un département entier tous les sept ans ou d’un terrain de football toutes les cinq minutes ; chaque mois, les cours du lait, de la viande ou du blé dégringolent, tandis que les coûts de leur production s’affolent ; chaque semaine, une exploitation met la clé sous la porte – trop de normes, trop de dettes, ou personne pour reprendre ; tous les deux jours, dans le silence, le mépris et l’oubli, un paysan se suicide…

Jusqu’où faudra-t-il aller pour enfin réagir ? Tous les peuples du monde qui ont brisé le lien avec la terre ont été balayés de l’Histoire. Comment un peuple en effet, se coupant de ses racines, pourrait-il encore espérer se hisser au plus haut ? Paysan dans toutes ses fibres, mais oublieux de lui-même, le peuple de France court aujourd’hui le risque de laisser disparaître, en peu de temps, les ressources de sa propre survivance.

Laisser mourir l’agriculture française, ce n’est pas laisser s’éteindre un lointain souvenir, fait de terroir et de folklore ; ce n’est pas assister, impuissants, au progrès inéluctable et heureux d’une nouvelle révolution industrielle ; ce n’est pas juste constater que le monde est devenu un village dans lequel on achète global, mais où on meurt local… C’est consentir non seulement à une faute politique, économique, écologique, humanitaire, mais à une faute morale : laisser mourir l’agriculture française, ce n’est pas enterrer le passé, c’est enterrer l’avenir. Un paysan qui meurt, c’est un pays qui brûle.

Qui d’autres, demain, pour nourrir, aménager, entretenir, embellir ; qui pour offrir, dans la plus grande abnégation, à la fois l’identité, la sécurité et la souveraineté alimentaires ? Parce que le métier du paysan, ce qui en a fait un fondateur de civilisation, ce n’est pas le désespoir, c’est l’espérance…
Se lever, de grand matin, pour traire un lait qui ne vaut rien, mais par seul respect de son troupeau ; supporter la chaleur du jour, pour moissonner le blé qui ne vaut rien, mais par seul respect du labour ; se coucher tard le soir, rompu de fatigue, pour tondre la laine qui ne vaut rien, mais par seul respect des saisons ; et recommencer le lendemain, parce que c’est la vie et la vocation paysanne de ne pas compter sur les autres, de travailler et d’espérer que demain sera mieux qu’hier… : il y a dans ces actes quotidiens, que n’importe qui d’autre aurait déjà cessé d’accomplir, un acte sacré qui touche à l’âme d’un peuple, à sa force, à sa survie.


Et l’honnêteté nous commande et nous oblige à remettre en cause la globalisation idéologique et mondialisée qui est devenue un nouvel impérialisme. Nos paysans sont laminés par une mise en concurrence généralisée, doublée de contraintes sociales et normatives imposées partout et tout le temps. Oui, disons le clairement : à l’idéologie mondialisé, nous devons opposer le pragmatisme patriotique. C’est par-là que nous assurerons la renaissance de notre agriculture, puissante et moderne tout à la fois enracinée et exportatrice.
Le grand débat sur l’identité et la grandeur de la France ne peut ignorer le grand défi de la renaissance de notre tissu industriel et agricole.

Alors que les ministres de l’Agriculture européens se réunissent ce vendredi 2 septembre à Chambord, au pays des vignerons de Loire et des paysans de ma chère Sologne, je veux, au nom des agriculteurs de France, lancer un triple appel.

  • Un appel aux dirigeants de l’Europe : pour vous, alors que les peuples grondent aux fenêtres de vos palais, l’occasion est unique de renouer avec le passé et avec l’avenir. Avec le passé, c’est-à-dire avec le traité de Rome, fondateur de l’Europe protectrice. Rétablissez la préférence communautaire contre la concurrence déloyale ! On ne peut multiplier les exigences envers les producteurs de l’Union et laisser entrer sans droits compensateurs des productions qui n’ont pas les mêmes contraintes, que ce soit le blé ukrainien ou le poulet brésilien ! Et renouez avec l’avenir, c’est-à-dire avec une Europe qui gagne ! Imaginons, dans notre Europe de plus en plus vaste et de plus en plus hétérogène, un marché commun avec ceux qui font le choix, comme la France, d’une agriculture forte alliée à une filière agroalimentaire puissante, laissant ceux qui le veulent, consuméristes mondialisés, s’approvisionner au prix le plus bas du marché mondial, au mépris de la qualité des produits et de la survie des producteurs.
  • Un appel, ensuite, aux dirigeants de la France, d’aujourd’hui et de demain. Deux priorités : cultiver l’exception agriculturelle de la France, comme il existe une exception culturelle. Car il y a plus dans l’agriculture française qu’un secteur économique, plus que des produits marchands, plus que des statuts, des lois, des aides… Il y a des terroirs, des goûts, des savoir-faire, des innovations, des appellations, des paysages, des passionnés, uniques, qui n’appartiennent qu’à nous et que nous devons préserver et valoriser pour la richesse du monde. Deuxième priorité, reconnaître nos agriculteurs comme des entrepreneurs, et non comme des chasseurs de primes, des planteurs de formulaires, des investisseurs criblés de dettes. Des prix, pas des primes. Des réglementations raisonnables. Des simplifications administratives : cessons d’épuiser et d’asphyxier ces entrepreneurs de la vie et de la terre !
  • Un appel aux Français, enfin. Toutes ces mesures attendues d’en haut ne vaudront que si chacun de nous fait le choix assumé des produits agricoles français, des circuits de proximité, des marchés locaux, des échanges vrais, de la ruralité vivante, de la campagne, non plus résidence secondaire mais secteur primaire, non plus réserve, mais réservoir de réussites, non plus désert, mais trésor français. Pour protéger et valoriser nos agriculteurs, nos producteurs, nos terroirs, nos communes, nos identités, redevenons des consommateurs français, des patriotes économiques et gastronomiques, et pourquoi pas des nouveaux ruraux, quittant les villes fatiguées pour nos villages qui renaissent. Il en va de notre survie. Et de celle de la France ! De notre puissance, de notre souveraineté et de notre grandeur.

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